Dimanche 10 juillet 2011, 17h05, coup de téléphone de Didier Delabre (spéléo secours 84) pour nous informer qu'un "gars" de notre club est bloqué derrière une étroiture à la grotte de Tourange. L'alerte a été donnée à 16h05 au niveau national et redescend en cascade. Le spéléo secours 07 est prévenu et a d'ores et déjà envoyé une équipe sur place.

Moment d'angoisse, les infos sont peu précises : le "gars" s'appelle Samuel," il a de l'eau jusqu'aux genoux", il y a un "témoin" Willy. Didier rappellera dès qu'il aura plus d'infos. Le téléphone chauffe : Maurice, Roland, Adrien etc...( j'en oublie). On commence à chercher les cartes et réfléchir au trajet. On la connait pas cette grotte!

Finalement 20h01 on arrive à joindre Willy (il est à l'entrée de la grotte) Samuel est en route vers la sortie. Soulagement général, le téléphone re-chauffe : Didier, Maurice, Roland, Adrien etc... Donc : à environ trois cents mètres de l'entrée, au retour, Samuel a vainement tenté de passer une chatière verticale. Malgré l'aide de Willy et Isabelle il n'arrive pas à passer. Willy fonce vers la sortie et prévient les secours. Très rapidement sur place deux membres du spéléo secours 07 agrandissent la chatière (marteau, burin). Retour de toute l'équipe saine et sauve. Pour les détails et émotions les comptes rendus de Samuel et Willy devraient les apporter.

BONNES VACANCES A TOUS  ET PRUDENCE.  Gérard.

 

Récit de Samuel :

Participants: Willy, Isabelle et moi-même (Samuel)


« Plus jamais ça ! La flotte, le froid, j'arrive pas à me réchauffer ! Qu'est-ce qu'on fout là ! »
Dire que l'on arrête la speleo, quoi qu'il arrive, catégoriquement, quand on est dans la situation que je vais vous décrire, est une idée confortable, chaleureuse, d'une grande finesse. Enfin voyons cela.
Willy vient de partir chercher les secours, ses derniers mots ont été directs : « Il va y avoir de l'attente ». Je suis assis sur un rocher, épuisé. Je viens de tenter une dernière fois de passer cette PUTAIN (mon vocable favori ce jour-là) d'étroiture et y suis resté bloqué. Le haut de mon corps ne veut plus rien savoir, mes bras sont engourdis et mes côtes commencent à me picoter. Je donne des coups de pieds, de hanches, pour redescendre et rien ne se passe. Isa continue de me parler, au dessus de ma tête mais disparaît, je ne l'entends presque plus. Je me dis que cette fois il faut que j'aille jusqu'au bout, je ne peux pas renoncer, me reposer, remettre à plus tard … je gigote les jambes avec l'énergie qu'il me reste, comme un aliéné, redescendre, il faut que je redescende … moment de grande solitude puis mon corps glisse gentiment pour rejoindre la flotte qui me servira un instant de salon.
Le cadre est original et je suis très heureux de pouvoir le contempler, mes bras retrouvent leur goût habituel pour la circulation sanguine. Mon cœur pompe comme un malade, un rythme inconnu pour lui et moi jusqu'alors.
Isa me parle mais je ne peux pas encore répondre. J'observe. Marmone un « M-OUI-AHH » ou un « NAN » en guise de je suis là, je vais bien.
C'est un vrai trou de flotte, bas de plafond, assis je ne peux lever là tête. Je me vautre sur le côté, mon corps me fait mal et je grelotte mais tout ce à quoi j'arrive à penser c'est : confort !!! Je ne sais plus comment m'assoir et j'ai froid, trop froid. Où est-ce que je pourrai m'assoir, je vais pas rester là.
Je retrouve ma main gauche (vous saurez tout) et en profite pour pisser (proprement et tout, attention hein, confort et bonne éducation) et ça me réchauffe pour un temps. L'idée de pisser dans ce trou rempli de merde me semble approprié et m'amuse. Je pense à Willy: du « nutella » et « elle est belle cette glaise », eh bien moi j'y pisse. PUTAIN.
J'ai un instant « chaud », enfin je grelotte moins et en profite pour inviter Isa dans mon salon. J'ai déjà oublié que j'y ai pissé, mais bon, invitation cordiale.
D'où je suis, je vois que le plafond de la galerie derrière moi n'est pas de hauteur régulière, et que par endroit je pourrais certainement y tenir plus ou moins debout, au « sec ».
Je pense : « au sec vite » « piétiner, s'activer ça réchauffe » mais je ne peux plus bouger mon cul. Encore moins allez explorer pour voir si … Isa fait ça en deux secondes, j'y rampe comme un vieillard bien cuit.
Installé debout, t'imagine pas le luxe, au « sec », « PUTAIN on est bien là », « tous les deux, hein » et « Willy est parti depuis combien de temps déjà ? » « oui tout va bien » « ouais c'est cool », tout ça en boucle, répété plusieurs fois nous rassure. Pour un temps.
Je piétine -toujours le vieillard alcoolique de tout à l'heure- mais ça ne change rien. Isa aussi commence à greloter, on dépouille le kit qu'elle a eu la bonne idée de traîner avec elle. Je la trouve magnifique cette femme-là, je l'aime inconditionnellement. Et en plus elle a à bouffer avec elle, « cadeau de Willy », et juste avec ça. Alors s'en suit le laïus raconté au début : « Plus jamais ça... » Je suis trop fier de moi … bien catégorique, bien con mais toujours trop froid.
Pas mal la petite barre aux figues, j'ai de la chair autour des os, un peu si si. Mais ça ne dure pas, je rajuste mon casque vers ma nuque où la galerie caca souffle sans se fatiguer, elle. Ajustage que je prends comme un réflexe de survie. Confort ? Je sais plus.
Petite parenthèse : ma combi est équipée d'une capuche, Isa vient de me le signaler cet après midi lors de notre séance de rinçage de matos ! Quel con ! Règle numéro un : bien connaître son matos.
Autre idée de génie : « Si on se blottissait l'un contre l'autre ?» dit-elle. Et ça va tout de suite mieux.
Règle numéro deux : ne pas sortir en speleo avec quelqu'un qu'on ne peux pas sentir, mais considérer qu'éventuellement …
Voilà encore quelques tours comme ça, à s'inquiéter pour Willy aussi, puis inlassablement recalculer le temps minimum, puis d'un coup d'un seul un maximum. Moi j'y crois dur comme fer, il faut se rationner, peut-être essayer de se reposer, « une sieste non ? », on va certainement passer la nuit ici. Enfin c'est possible. Moi je trouve qu'on devrait s'y préparer en tout cas, faire comme si.
Isa est beaucoup plus optimiste et préfère la version « temps minimum », me rassure. Elle a cependant bien apprécié l'idée d'économiser nos forces et nous faisons le silence. Je ferme les yeux, j'ai plus trop froid, mais ça va pas en s'améliorant. Enfin, repos on a dit.
La grotte fait des ploc ploc et des bruits sourds.
J'écoute, je ne crois pas qu'Isa dorme mais je fais comme si.
« Combien de temps » ... « Il fait quand même super froid » … Silence.
Lors de toutes nos sorties speleo précédentes (trois) le temps passait très vite et là … enfin merde.
Encore du froid, trop de froid et d'un seul coup, comme un roulement de tambour presque inaudible puis crescendo des bruits sourds, des voix, du tamtam au soleil, explosions de bonheur, « On parle dans la galerie ». « Ça y est, les secours » !!!
Une voix explique tout de suite, « Moi c'est Alain » « et moi c'est Gérard, on va vous sortir de là » « Ça va ? »
« TOUT VA BIEN » et la grotte retrouve aussitôt une allure plus chaleureuse, son froid glacial est maintenant supportable, elle s'agrandit, reprend de la perspective.
« On va agrandir la chatière au burin et te faire sortir avec un palan ». « Tu veux des bougies, de l'eau ? Vous avez faim ? »
Nous dévorons le chocolat conservé pour plus tard et du pain, DIVIN. On culpabiliserait presque d'être en train de bouffer alors qu'Alain explique la procédure et que Gérard cogne déjà sur le burin.
Alain et Gérard s'échangent les outils, discutent en travaillant, nous écoutons avec plaisir ce doux scénario.
A peine quelques minutes et « C'est quand vous voulez ».
Alain installe une boucle de sangle sous mes bras, et m'indique le nœud auquel m'accrocher à la remontée. « On y va ? »
Enfin voilà, puisqu'ils insistaient pour que je pousse sur mes jambes j'ai aidé un peu mais franchement s'ils avaient pu me porter … en tout cas s'ils n'avaient pas su garder la bonne distance, pour m'aider quand j'en avais vraiment besoin et me laisser me bouger à l'occasion, ils m'auraient traîné au palan jusqu'en surface.
C'est que j'étais bien calmé et le retour vers l'entrée ne fût pas des plus faciles ...
Merci à Willy pour sa rapidité à remonter et alerter les secours.
Merci à Alain et Gérard du Speleo Secours 07 pour leur professionnalisme et leur gentillesse.
Merci à Jo et Mik de l'Association Speleo Privadoise qui ne se sont pas contentés d'organiser les secours en local mais nous ont pris en charge dès notre sortie, hébergés, nourris … enfin pris bien soin de nous jusqu'au lendemain.
Merci à tous ceux présents en renfort ce jour-là.
Désolé aussi, pour nous-mêmes et tous ceux qui étaient là en surface à nous attendre, ou par procuration à s'inquiéter de notre sort.
Quant à la speleo … en route vers de nouvelles aventures ?

TPST : 10h

Compléments de Willy :

Nous nous retrouvons donc la même équipe que pour le réseau Mazauric , Isa et Sam sont ravis de découvrir la grotte de Tourange dont je leurs ai tant parlé . Il faut savoir que cette cavité est utilisé pour l' initiation par les groupes spéléos locaux , donc pas de risques majeurs de rencontrer un probléme .

Nous pénétrons dans l'entrée fortifié aux alentours de 10h30 , tranquillement nous franchissons de courtes étroitures pour ensuite prendre nos aises dans de grandes salles assez concrétionnées mais sérieusement abimées du fait de l'accés facile a la partie fossile .

Arrivés au R5 , que nous franchissons simplement avec une corde en fixe le long d'une vire , et suivi d'une corde a noeud nous permettant de prendre pieds dans la partie active (je tient a préciser pour ceux qui ne connaisse pas la baume que ces passages ne sont pas scabreux ).

Petit repas , rituel du saucissons et nous voilà repartie pour la partie la plus ingrate de la grotte ,passages bas ,étroitures et petites voutes mouillantes pour nous amener au siphon terminale ou l'eau continue sa route sous la montagne sans nous .Nous sommes tous heureux d'avoir forcé notre courage car nous sommes trempés et boueux à souhait . Je signale alors qu'il ne vaut mieux pas trainer car on perd beaucoup d'énergie sans bouger une fois imbibés d'eau , nous reprenons le chemin du retour et au pied du R5 se trouve une étroiture pentue , pas longue mais qui exige d'etre aprehendée avec méfiance sous peine d'y laisser de grosses plumes et samuel plus costaud que moi se fait accrocher , croyer que nous avons fait notre possible pour se dégager de ce mauvais pas , mais en constatant qu'il ne faudrait pas qu'on s'épuise tous , je décide donc de sortir à tout berzingue appeler Spéléo secours 07 !

Je suis dehors à 16h , les secours arrivent à 17h , partent à la rencontre de samuel , élargissent le passage (burin , massette) et mettent en place un systéme de palan pour l' extirper du goulet , Isa et Sam sortent à 20h15 , exténués mais heureux d'avoir été secourues aussi vite .

Remis de nos émotions , Isa et Sam acceptent volontiers le gite et le couvert par les spéléos locaux ! Pour ma part , ce sera le couvert et je repars le soir même pour les Barronnies afin de méditer sur cette mésaventure qui se sera bien terminé .

P.S : Un grand merci aux secouristes de Privas et Les Vans et tout particulièrement à Jo et Michel qui ont été super .

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