La météo est défavorable : le ciel si bleu jusque là s’est chargé de nuages. Que faire, où aller ? Qui ne nécessite pas de marche d’approche évitant d’arriver trempés à une entrée ! Les portables chauffent, Claude est consulté ; il y a bien un « épisode cévenol » en cours mais la barrière des Cévennes (de l’Aigoual au Mt Lozère et parfois Mts d’Ardèche) récupère l’essentiel de ces pluies ; sur les Causses c’est le vent d’ouest qui amène la pluie…

Après étude, il apparaît nécessaire d’aller au sud : ce sera le Larzac, le Mas Raynal est une option possible. Au final nous voilà sur le chemin du Mas de Rouquet. Longue route, des pistes : ah le fameux parc à bestiaux à traverser... quelques commentaires sur l’humeur des vaches et autres taureaux ! Tandis que nous commençons à nous préparer, arrive un couple chargés

d’un panier de champignons, quelques propos aimables sont échangé : ils nous proposent même de leurs champignons ! Ils ont essuyé, nous expliquent-ils, la nuit dernière, un très gros orage – avons-nous fait le bon choix ? En tous cas côté relations humaines c’est sympathique

Ils s’en vont : un gros 4x4 déboule direct sur nous : à l’intérieur 3 bonshommes d’allure vaguement paysanne sinon chasseurs : allons bon qu’est-ce qu’ils nous, veulent ? D’habitude ce n’est généralement pas l’amour fou entre chasseurs et spéléos… Mais non, tout faux, au contraire ils nous indiquent comment se rapprocher en voiture de l’aven, permettant d’éviter ainsi une marche assez significative et la traversé du parc bovin, avec ce commentaire : « ils [l’ONF] laissent passer les chasseurs, je vois pas pourquoi ils vous empêcheraient ».

Nous remontons en voiture, traversons quelques grosses mares et arrivons dans la zone du trou ; assez rapidement nous repérons le cairn et le chemin d’accès : le trou est à environ 200 m de la route, le sentier est bien marqué, pas de souci -on verra que cette appréciation mérite d’être nuancée.

L’aven présente une vaste entrée, avec un pont rocheux au milieu : l’extrémité du pont est percée d’un orifice direct : Adrien propose d’équiper là. C’est Jef qui s’y colle. Belle descente dans ce volume éclairé « a giorno » par les deux grandes entrées, petit éboulis et une porte ; au-delà c’est une ancienne cave à fromages, dont il reste de massifs piliers et quelques grosses poutres noirâtres. Passés ces vestiges et toujours dans de grands volumes le concrétionnement, de calcite claire est remarquable, la descente se fait par de petits puits aux départs sympathiques ; parfaits pour l’apprentissage de la confection des « Y », où sans cordes, par de courtes désescalades, zigzaguant entre blocs et concrétions à la recherche du meilleur passage : vers le bas la fracture se referme et de côté nous remontons sur l’assise d’un pilier remarquable qui semble une éclosion figée : Bertrand suivi d’Adrien entament, avec détermination et assurance, une ascension aérienne pour atteindre une salle perchée : nous montons avec la corde qu’ils ont installée et de cette sorte de dôme nous dominons un magnifique bassin…

Remontée : Olivier avec Bertrand déséquipe. Quelques photos plus tard nous sommes dans la vaste coupole aérienne ou pendent deux cordes : c’est la séance exercice. Conversion montée descente, passages de nœuds en montée et en descente et dégagement d’un coéquipier par le bas ; si les conversions montée et descente s’avèrent aisées, le passage de nœud à la descente est une manœuvre un peu plus fine, quant au dégagement, il va falloir le répéter : on n’aura pas toujours une blessé participatif !

Nous voyons la pluie tomber par l’autre côté de la salle initiale, mais elle se calme quand nous gagnons la surface. Je laisse les deux derniers déséquiper et je pars en solitaire : Là, fastouche, en tournant comme ci, c’est comme tout à l’heure, je retombe en 2 minutes sur le chemin ! Toutefois je m’avance plus loin, beaucoup plus et … pas de chemin. Zut il faut que j’avance comme ça en tournant plus à droite, au pire je reviens au trou, c’est à côté. Je fais quelques grandes enjambées, m’arrête d’un coup : ni chemin, ni trou, ni piste. Je suis quelque part au milieu d’un vaste Causse ; aucun point de repère, le soir arrive et la nuit n’est pas très loin ; des lambeaux de brume s’accrochent aux arbres et un fin brouillard estompe le paysage… M… je pense, il ne faut plus que j’avance, je ne reconnais pas les pentes, je ne dois pas partir à l’aveuglette, c’est un coup à se pommer complet. Donc technique du buffle : je me mets à beugler « OOOOh…. OOOOh ». J’écoute le silence qui suit : mince, me serais-je écarté si loin qu’ils ne m’entendent pas ? A force de hurler, une réponse vague me parvient. Enfin : d’un pas décidé, j’avance dans la direction d’où m’est parvenu un cri, et oh surprise agréable, j’atteins la piste sans rencontrer quiconque : si, un instant plus tard, je suis rejoint par les déséquipeurs, qui chance pour mon amour-propre étaient aussi un peu égarés… Pareil pour les deux cueilleurs de champi : un par ici et un par là s’éloignaient progressivement. Ils s’en sont aperçus à temps et moins de dix minutes plus tard, tout le monde était aux voitures. Le temps de se changer et de charger, c’est presque la nuit qui nous rattrape un peu plus loin. Premier carrefour : c’est bon à droite et bientôt ce sera à gauche : et bé non, on file sur la piste caillouteuse jusqu’à ce qu’à un endroit on se dise que vraiment ces deux virages serrés et cette pente, c’est pas bon. Demi-tour, on repart dans la nuit obscure, en essayant de deviner le départ du chemin avec nos traces de roues. Pour éviter de le rater à nouveau, on se retrouve en train de trotter, lampe à la main sur la piste inégale : mince, ça grimpe, les efforts du Coutal se réveillent dans mes jambes !

Enfin ça y est, on repasse les grandes flaques d’eau en essayant de ne pas s’enliser, ni déraper, puis c’est le goudron de la petite route : que dire de ce retour ? Ce fut long et il y eu débat entre les informations fournies par le GPS de Bertrand et les indications des panneaux sur les routes…. rythmés par les appels au portable « quand est-ce que vous arrivez ? On vous attend pour la raclette ».

Elles fur fort appréciée et très animée, la tablée était au complet ; les petits enfants, rassasiés à l’avance somnolaient…