Participants : Frédéric CHAUVIN, Jacques SANNA (photos), Maurice ROUARD

Objectifs : continuer l’amont et topoter la dernière partie.

J’ai annoncé cette sortie en précisant « MV13, encore ! ». j’avais dit à Fred , à l’issue de la précédente exploration du 5 sept (voir CR de Jacques) que ma prochaine visite serait un peu plus tard, un délai « d’oubli » s’imposant. Seulement j’ai toujours insisté sur le fait qu’il y avait de la première à faire en amont à partir de la salle de -35 ; alors quand Fred a dit concentrer ses efforts sur cet objectif, qu’en plus Jacques a écrit qu’il était partant, mais qu’il ne voulait pas faire la routes seul ; il ne me restait plus qu’une alternative me taire ou me joindre à eux. À ma décharge, j’avais vu le joli début du méandre et optimiste, j’ai entendu les explications de Fred sur la suite, comme si tout cela devenait facile : ce qu’on veut dire, ce qu’on croit dire, ce qu’on entend !

Bref, 6h30 vendredi 8/10, il faut s’arracher, 7h départ, 7h15 jonction avec Jacques au fameux carrefour de St Laurent, 8h10 parking du Groseau ; on est en avance, un café à Malaucène ? Le téléphone sonne, c’est Fred : « j’ai crevé ! Je suis à Malaucène ». On se retrouve non sans une boucle inutile en ville. La crevaison, signe de mauvais augure ?

 

 

Bon, il règlera ça ce soir : on charge tout dans la 406 et on file au Mt Serein, parking, on reprend le chemin tant de fois parcouru, avec son raidillon casse-patte et la traversée aérienne sous les barres. La forêt automnale est magnifique avec l’ambre et l’or du feuillage des hêtres millénaires et autres amélanchiers qui tranchent avec le vert profond des sapins et celui plus clair des pins à crochets.

On s’équipe à la lisère de la forêt, on se répartit les charges -matériel topo, accus, perfo, mèches cartouches, bouffe et eau ; Fred s’aperçoit que sa lampe est faible, deuxième signe ! Discussion philosophico-poétique sur l’opportunité de continuer : j’ai oublié ma frontale de secours, seul Jacques en a une, il faudrait retourner à la voiture y chercher un autre casque. Hésitation, jauge de la luminosité, bon ça ira... Jacques précise que depuis qu’il n’utilise que l’électrique, il a toujours une bougie avec lui (et un briquet ? ajoutais-je : « bien sûr » !).

Ensuite, nous voilà grimpant la petite escalade de l’entrée ; il est 10h et la glissade vers la salle débute ; Jacques et Fred tête en bas poussant leur charge en avant ; moi-même tantôt dans un sens tantôt dans l’autre, essayant de chiper ou le bidon, ou le kit. Mais mes deux compagnons s’accrochent à leur chargement : « mais laisse-le moi ! » ce qui ne tarde guère dès que c’est vraiment plus étroit...

Parvenus à la salle (-35 m), Fred déjà désobstrue, en effet le zzzz de la perfo résonne, il discute avec les blocs du 1er coude remontant. Bon ça ira mieux, mais pourquoi il faut encore s’allonger, se meurtrir sur telle arête et cet autre caillou qui bloque le genou ? Bon on se relève brièvement : « c’est là que tu tétais arrêté me demande Fred ? » « oui ». Il me montre le point de fin de topo, discrète marque jaune ; et c’est là que vous démarrez (nota : c’est un zig-zag estrech, cf. les photos et les dimensions du « par-là » - Les photos et la plupart de leur commentaire sont de Jacques.

MV13 – l’amont – 8 octobre 2010- M. Rouard2

« tu vois Maurice cé par la ! » « tu veux rire ?

Après quelques essais, ayant progressé jusqu’au zigzag suivant, nous jugeons que c’est correct et nous démarrons les relevés topographiques : position du point dans la galerie, distance au suivant, azimut, pente, un mot sur le point... le lasermètre a eu des caprices, mais nous avons réussi à le faire parler...

La topo c’est lent, cela demande de la minutie ; on commence sérieusement à refroidir, heureusement le courant d’air est faible, sinon ce serait vite intenable : notre avancée est rythmée par les boum de Fred :

Fred à la manœuvre

Au 2ème zigzag, il signale que Jonathan (?) coinçait juste de la fesse à la bosse, là, qu’il va « effacer », promesse de désobeur ça vaut du beurre :.... je tente, ça passe et puis après, je suis assis confort mais, horreur, il faut basculer et se laisser glisser en avant dans un nouveau passage bas et plein de cailloux ! Jacques me rassure, ça se redresse après et ce n’est pas vraiment étroit, je passe en évitant de mettre le carnet topo dans la bouillasse ajoute-t-il ; moi j’y patauge, c’est très liquide, heureusement court.

On prend le temps de choisir les points topo et puis nous avançons, mesures, notations, marque discrète des points : de place en place, voilà enfin voilà le fond de l’amont, qui n’en finissait pas de monter

Fond de l’amont : La petite cascatelle qui participe à la forte humidité de l’amont

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MV13 – l’amont – 8 octobre 2010- M. Rouard

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Ainsi s’achève la topo, et la désob : Fred est tout crotté (nous aussi mais pas la combi), le bouchon qui nous arrête est du remplissage gluant, de la variété qui serait du lœss éolien (d’après A. Couturaud - ocre clair, il se lave facilement) ; Fred se retrouve de ce fait à l’humide.

On a tous froid. Mais l’enthousiasme compense car ce type de comblement est considéré comme très favorable, puisque on ne trouve ce lœss qu’à proximité d’une entrée. D’ou la remarque de Jacques : « c’est une cavité que l’on désobstrue de l’intérieur, donc quand on rentrera dedans on saura que c’est dégagé en dessous ! » Humour spécial....

Moi je suis dubitatif, vu le travail qu’il a fallu pour descendre un dizaine de mètres depuis l’entrée « historique » ;. Mais la fois précédente, ils ont aussi trouvé un os, c’est du bœuf a dit notre spécialiste Évelyne Crégut -conservatrice musée E. Requien, Avignon ; probablement amené là par un charognard, renard par exemple : mais par où est-il venu ? Est-ce que cet os a pu être emporté par une crue ?

Le font de l’amont « je veux manger un bout ! » en arrière plan le bouchon c’est vaste, non ?

Le carnet et les instruments sont rentrés dans le bidon, les copains grignotent, je mange mes pâtes, les pizzas de Fred ont résisté aux manipulations entrée-sortie du bidon : elles sont ressorties du trou comestibles, du moins une fois dehors les a-t-il mangées.

Bon, on rentre !

On dégringole l’amont vers la salle presque sans difficulté : Jacques trouve qu’une lame rocheuse installée au milieu du passage est totalement inutile : saisissant un gros bloc, pareil à Cro-Magnon, il en assène de vigoureux coups sur la lame qui cède ; il s’acharne pour la débiter de blocs en cailloux que nous pouvons étaler douillettement. Notons que chacun a revêtu genouillères et coudières ou son équivalent ; Jacques a carrément enfilé ses bras dans des jambes de combi de plongée, Fred s’en passe !!!

Nous avons dérangé des chauve-souris qui tournoient inquiètes : on se tasse dans un coin, elles finissent par sortir. Fred nous expliquera qu’elles circulent de mémoire, le sonar déconnecté ; d’ou des chocs sur spéléos : aujourd’hui, il en a pris un dans l’oreille, et un autre je ne sais où..MV13 – l’amont – 8 octobre 2010- M. Rouard

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Toujours dans l’amont, Jacques avise une paroi avec un « maousse » qui bouge, Fred le reconnaît (il connaît le prénom des principaux cailloux du trou), « oui en effet il bouge mais t’arrivera pas à le sortir » : il ne connaît pas Jacques, car, deux minutes plus tard, le bloc jonche la galerie.

Arrivée dans la salle, on entame la remontée, pour moi mains dans les poches ou presque, car j’ai réussi à subtiliser un temps le bidon de Fred : maintenant, je suis derrière Jacques qui tire le kit : il râle que j’aie mis un bidon étanche plutôt qu’un petit sac solide et dissociant nourriture et matériel ! Cela dit j’essaye de l’aider lorsqu’il coince. Mais je n’arrive pas à le suivre longtemps.

Les passages ont été peu à peu enduits de ce fameux lœss, qui, s’il facilite la descente, rend (parfois) ardues la remontée : de toute façon effectivement ça monte. C’est du « morpho » : quelques cm de trop et le genou ne peut s’appuyer alors il faut faire du collage-décollage sur le revêtement ocre : néanmoins et peu à peu on arrive aux derniers cailloux ; 3⁄4 h d’heure que nous sommes partis du fond de l’amont. Je suis en nage et je suis le seul ! il est un peu plus de 15h.

Déshabillage on se change, il fait beau et tiède. Dans la combe de Fontfiole on suppute sur le point de sortie de l’amont. Ce serait bien derrière le mamelon, la cavité que Fred avec Christian Devin ont repérée un jour et qui aspirait (?).

Mais où peut sortir cet amont ?

Examinant la paroi qui domine l’entré, un sombre fissure se découpe : si le fond actuel de la cavité, à – 80, est nettement orienté vers l’axe de la combe de Fontfiole, l’amont lui, revient presque en parallèle à la « galerie » d’accès. À son extrémité on serait une douzaine de mètres sous l’entrée mais décalé vers l’ouest d’au moins une dizaine de mètres, ce qui change tout quant à l’orifice de sortie 2, qui pourrait déboucher dans cette haute fissure...

Nous retrouvons la forêt et ses larges pistes ; le soleil nous offre une douce lumière à travers les frondaisons bariolées.

Mont Serein, 16h, la voiture : on descend sur Malaucène. J’explique aux copains qui trouvent ma conduite un peu rapide, qu’elle connaît la route par cœur : arrivée sans incident au parking de Malaucène ; Fred entreprend de placer la galette de secours ; il la dévisse du fond de son coffre, je m’avance vivement déterminé à l’aider ; shgboum ! je viens de donner un bon coup de tête à l’angle du couvercle de son coffre, je m’assied par terre un peu sonné ; ça saigne un peu mais j’évite le point de suture. On savait que ça devait mal finir : les signes ne mentent pas !

Et pour mettre le point d’orgue au terme de cette très agréable journée, je cherche mon téléphone : je l’avais laissé dans mon pantalon au lavage : il a fait le cycle « linge délicat », la batterie n’a pas aimé, reste à voir la fonction téléphone... Ne vous étonnez pas si vous tombez direct sur le répondeur.